La déforestation
Lorsque les arbres meurent,
la pierre se met à pousser.
Lorsque le bois s’en va-en-ville, les femmes n’ont plus qu’à prendre leurs pioches pour déterrer les maigres souches que leurs ont laissées les commerçants. Lorsque les arbres tombent, c’est l’ambiance des villages qui se modifie : vent qui emmène le meilleur de la terre, soleil qui dessèche sans répit, sautériaux qui nomadisent sans obstacles. Même la tranquillité d’habiter chez soi disparaît lorsque la vue s’étend sans limites à travers les concessions.
Pourtant, les arbres ont, de tous temps – sauf le nôtre, parfois – fait partie des paysages agraires avec leurs utilités multiples, leurs productions essentielles, alimentaires ou médicinales, leurs effets climatiques, leur efficacité fertilitaire. Ils contribuaient aux économies féminines et domestiques, apportant aux familles les compléments nutritifs dont elles avaient besoin. Quel champ d’Afrique ne comportait pas ses arbres « élevés » et jardinés, résidus de l’ancienne forêt, recrû spontané ou semis volontaire ?
Les hommes, souvent trop occupés à monnayer bois et charbon, inconscients des effets de leurs coupes abusives et de leurs surexploitations pastorale ou politiquement inconscients, ont laissé se détruire le capital arboré.
(Hugues Dupriez, Philippe de Leener, « arbres et agricultures multiétagées d’Afrique, l’Harmattan 1993).
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